« (...) la cité a dans sa nature d'être une certaine sorte de multiplicité. » Aristote
À l'heure du vieillissement de la population, d'une fracture sociale non résolue et d'un monde en mouvement permanent qui accélère les évolutions sociétales, la mixité apparaît comme l'un des enjeux stratégiques de la ville et de son avenir. Notion sociologique, politique, économique, architecturale, la mixité recouvre souvent des réalités différentes. Dans le cadre de l'Observatoire de la Ville, nous l'aborderons à travers ses quatre dimensions : fonctionnelle, sociale, morphologique, et enfin générationnelle.
Les 4 dimensions de la mixité :
La mixité fonctionnelle désigne le fait de disposer sur un territoire de l'ensemble des fonctions nécessaires à la vie en ville : logement, activité, commerces, équipements administratives, culturelles, de mobilité, de loisirs...
Comment introduire la mixité fonctionnelle dans un quartier ? Quel doit être le rapport entre l'emploi et le logement ? La mixité fonctionnelle n'est pas un jeu d'architecte, elle doit servir à réduire les mobilités contraintes, à favoriser les services localement. Mixité fonctionnelle et proximité sont donc des notions qu'il faut envisager ensemble.
Selon Christian Devillers « Il n'existe pas qu'une proximité mais des échelles de proximité qui fonctionnent simultanément ».
Cette notion est aujourd’hui au cœur des discours politiques et médiatiques. Elle est souvent envisagée comme LA réponse à une meilleure cohésion sociale permettant de lutter contre la ségrégation, forcée ou choisie, et la ghettoïsation grandissante des cités.
Comme le rappelle Alain Sallez, « De nombreux quartiers de villes nouvelles, créés à l'origine pour favoriser la mixité sociale, se sont soldés par un échec ». Quel enseignement en tirer ? Plutôt que de planifier la mixité sociale à partir d'une forme et d'un programme, ne faudrait-il pas la repenser en termes de processus à gérer sur une longue période ?
Pour Julien Damon, « Il est nécessaire de mettre en place une dynamique de coopération et non des instruments pour aboutir à la mixité ». Quel est dans ce contexte le rôle des collectivités, urbanistes, promoteurs, architectes et bailleurs sociaux ? Quels sont les nouveaux modèles de concertation et coopération à envisager de façon pérenne, aussi avec les habitants, pour créer cette dynamique et favoriser le « vivre ensemble » ?
Le XXème siècle a inventé le quartier monomorphologique avec d’un côté les bâtiments collectifs et de l’autre les pavillons individuels. Au XXIème siècle, le changement s’amorce et la mixité morphologique qui juxtapose logements collectifs, intermédiaires et individuels apparaît.
Pour Alain Bourdin, « La mixité morphologique interroge l’idée de la ville évolutive ». Quels sont les nouveaux modèles qui émergent en termes urbanistiques et architecturaux ? Quel sera le visage de la ville de demain ? Saura-t-elle retrouver la complexité qui fait le charme des villes anciennes ?
Elle vise à réunir dans un même quartier, ou bâtiment des personnes issues de générations différentes (jeunes, personnes âgées, familles monoparentales, recomposées...).
Aujourd’hui les évolutions sociétales et des modes de vie affectent toutes les générations qui participent et vivent dans la cité. Quels sont les nouveaux modèles qui émergent et favorisent la mixité générationnelle ? Cela soulève de nombreuses questions sur l'hybridation des usages et des espaces pour répondre à ces nouvelles formes de « vivre ensemble ».
La ville capitalise l’histoire du monde tout en étant le berceau de l’innovation.
Comme le rappelle Françoise-Hélène Jourda, « La ville est un organisme avec son propre métabolisme. Elle regroupe des êtres vivants. Elle n’est pas figée à un instant « t », elle est dynamique, en perpétuel mouvement, en évolution constante ». Quelle forme la mixité devra-t-elle prendre demain dans le cadre de ce mouvement dynamique ?
Cohabiter mais plus encore, « faire société » créer du lien, retrouver le plaisir du vivre ensemble, remobiliser les mécanismes de partage et de collaboration participative, deviennent les clés d'une mixité bien pensée et fertile. Ce sont ces clés que nous aborderons ensemble à travers le thème Mix(Cité) choisi cette année par l’Observatoire de la Ville et son Comité Editorial.